La grande majorite de la critique rock (anglo-saxonne en particulier) est dithyrambique lorsqu'il s'agit du dernier opus de Muse. Ce fait n'a pas manque d'attirer mon attention, ayant moi meme decroche apres l'acceptable Showbiz et le moyen Origin Of Symmetry, et c'est donc avec moult curiosite que j'ai ecoute Black Holes & Revelations.

Le disque demarre sur Take a Bow, titre aux paroles debiles, qui vire Rocky Horror Picture Show au milieu et copie sans vergogne Baba O'Riley des Whos : c'est lourd, c'est gros, c'est massif, et ca ne presente aucune subtilite. Derriere arrive Starlight, distrayant single, qui ressemble tout de meme a de la variete des annees 80 malgre sa basse enorme, et c'est la que les premiers (mauvais) signes apparaissent sous la forme d'un sourire moqueur qui envahit le visage. Super Massive Black Hole n'etant pas la pour sauver l'ensemble -electro indigente qui fait boum boum-, la crainte m'a gagne. Mais c'est sur Map Of The Problematique que le naufrage de Black Holes... debute veritablement, lorsque Bellamy et ses amis repoussent les limites du boursoufle grandguignolesque. J'avoue : j'ai ri. Je me suis meme esclaffe en ecoutant cet espece de pastiche (d'autres diraient hommage) lourdingue de Depeche Mode, tout en restant stupefait et limite admiratif devant tant de pompierisme.

C'est la que se situe toute la bizarrerie de ce disque : S'il est musicalement ininteressant, peu original (Soldier's Poem reste le Radiohead du pauvre) ou alors franchement curieux (City Of Delusion et ses sons vaguements arabisants, Hoodoo et son flamenco-metal qui vire film lyrique), il est aussi emmene par un trio britannique qui s'efforce de nous expliquer a quel point il est genial et qui y parvient presque. Le sommet de la demesure est d'ailleurs atteint sur l'improbable Knights of Cydonia, qui melange sans la moindre trace d'humilite Ennio Morricone, Queen, Rhapsody et synthes pourris et qui accompagnerait parfaitement le subtil Orlando Bloom dans Le Seigneur des Anneaux... Malgre tout, une partie des chansons reste dans la tete, et quand bien meme on rit beaucoup, une certaine fascination apparait pour ce super BigMac tres gras que personne n'avait ose jusqu'a present .

Conclusion : il faut oser faire ce genre de chose. Si, en ce qui me concerne, ils en font tellement qu'ils sombrent ici dans une tres bonne et tres drole caricature, je suppose qu'on peut egalement s'y habituer et apprecier l'hubris completement delirant qui se degage de ce disque, en passant sur ses evidentes faiblesses musicales. Moi je ne peux pas maintenant, peut etre un jour.